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  • Magali Crespin-Alliane

Quand le baby blues s'installe… et que ce n'est plus du baby blues


10% à 20% des femmes venant d'accoucher seront concernées par la dépression post-natale. Photo : Naomi August

Passer d'une émotion à une autre en quelques secondes, pleurer pour "un rien", se sentir fatiguée, dépassée, débordée ou confuse quelques heures ou quelques jours après l'accouchement, c'est très courant.

Le baby blues touche de 50% à 75% des jeunes mères (selon les études).

C'est en quelque sorte la suite psychique de l'accouchement physique vécu quelques heures ou quelques jours auparavant. L'état de grossesse est un état physique ET psychique (lire aussi La « transparence psychique », ou l'angoisse ordinaire de la future mère). Le baby blues peut être déclenché par divers facteurs, parmi lesquels :


- la chute brutale du taux d'œstrogènes (au terme de la grossesse, leur taux serait mille fois supérieur au taux le plus élevé d’un cycle classique, au moment du pic pré-ovulatoire),

- le besoin d'adaptation brutale a un événement très chargé émotionnellement,

- le sentiment de dépossession de son corps, notamment si l'accouchement a été très médicalisé,

- la difficulté à accepter la perception d'un ventre vide,

- la fatigue, le manque de sommeil, l'ingérence de visites trop nombreuses…


Le baby blues apparaît en général entre le 3e et le 15e jour après l'accouchement et peut ne durer que 24 heures. Et si ce passage délicat (passage notamment entre une période où le bébé est dedans et une période où le bébé est dehors) est tout à fait normal, il ne faut pas le minimiser pour autant. Garder un œil vigilant sur cette période ne peut pas nuire !



L'importance d'en parler. Toutefois, quand la tristesse, l'anxiété, l'irritabilité, la perte du sentiment de plaisir, d'envie, la sensation de vide, d'être inutile, de ne pas être en lien avec son bébé… bref, toute sorte de manifestation de la difficulté maternelle s'installe durant plus de 15 jours, ou apparaît plusieurs semaines après l'accouchement, il est essentiel d'en parler, de se faire accompagner. Avant qu'une dépression ne s'installe.

Selon les études, on considère que 10% à 20% des femmes ayant accouché seront concernées par la dépression post-partum (les pics de fréquence signalés se situant à 6 - 8 semaines et à 9 -15 mois après l'accouchement).

Et on n'en parle pas assez. Et c'est bien dommage.


La difficulté maternelle n'est pas à prendre à la légère et plus vous agissez tôt, plus vous vous donnez les chances que ce mal-être ne s'installe pas durablement, ne s'aggrave pas en une pathologie d'ordre psychiatrique.


Culpabilité. Alors, non, ce n'est pas un caprice ; non, on n'a pas "qu'à se ressaisir", non on ne "s'écoute pas trop". Et rien ne servira que votre entourage vous assène ces phrases plus culpabilisantes qu'apaisantes : "Regarde ton bébé, il est en bonne santé, tout va bien, tu as toutes les raisons d'être heureuse, tu es aidée à la maison, etc., etc.". Non, ça ne va pas "passer tout seul". Il est nécessaire d'en parler à des professionnels qui sauront entendre cette manifestation chaotique de votre maternité. La honte, la culpabilité, la peur d'inquiéter ou de déranger accompagnent souvent la difficulté maternelle. Soyons à l'écoute. De nous-mêmes, de nos amies, de nos compagnes, des femmes que nous recevons dans nos cabinets. Ne dramatisons pas, mais ne minimisons pas.


Prenez soin de vous.

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Portraits : ©Thomas Mézières